Dis-moi quels mots tu aimes, je te dirai quelle marque tu es !
Chez Graphéine, on passe nos journées à peser des mots. Des noms de marque, des signatures, des manifestes. Et depuis quelques temps, on utilise un drôle d’instrument pour ça : un sémiomètre. Oui, ça existe. Non, ça ne mesure pas la taille des sémiologues.

Le principe ? Enfantin.
On vous montre 210 mots, un par un. « Maison ». « Danger ». « Bijou ». « La révolte ». Pour chacun, une seule question : est-ce que sa lecture vous fait du bien ou non ? Vous notez de −3 (très désagréable) à +3 (très agréable). Sans réfléchir, c’est la règle ! On ne vous demande pas ce que le mot veut dire, on vous demande ce qu’il vous fait.
Pourquoi ces 210 mots-là ? Parce qu’ils sont sémantiquement stables : « maison » a le même sens qu’il y a dix ans, et il l’aura encore dans dix ans. C’est ce qui permet de comparer votre passation à celle de milliers d’autres personnes, années après années.
Ensuite, la mécanique se met en route. Vos notes sont comparées aux moyennes d’un panel national de plus de 16 000 personnes. L’outil isole les mots que vous sur-notez et ceux que vous sous-notez par rapport à tout le monde. Et c’est là que ça devient beau : ces écarts ne sont pas aléatoires. Ils dessinent une structure.
Une carte au trésor !
Tous les mots trouvent leur place sur une carte ; une constellation organisée par des axes perpendiculaires qui délimitent de véritables territoires de valeurs. Sur le plan principal : à gauche, tout ce qui touche au devoir (la règle, la morale, la patrie) ; à droite, le plaisir (sensuel, rêver, une île). En haut, l’attachement (la famille, la maison, la tendresse) ; en bas, le détachement (le danger, l’orage, rompre).
Votre profil apparaît quelque part sur cette carte. Et sa position raconte quelque chose. Les personnes qui sur-notent les mots du devoir et du détachement valorisent le conflit et la rigueur. Celles qui penchent côté plaisir-détachement cultivent l’esprit critique et l’intensité. Plaisir-attachement ? La douceur de vivre. Devoir-attachement ? L’ordre du lien, la fidélité, la maison bien tenue. Les auteurs de la méthode y lisaient joliment « deux plaisirs : celui du guerrier, et celui du repos ».
Cette méthode n’est pas une trouvaille de gourou. Elle a été développée à la fin des années 1980 par Ludovic Lebart (statisticien, pionnier de l’analyse des données textuelles), Marie Piron et Jean-François Steiner.
L’intérêt : contourner le déclaratif
Pourquoi ne pas simplement demander aux gens ce qu’ils valorisent ? Parce qu’ils répondent ce qu’ils croient devoir répondre. Personne ne se déclare spontanément « en guerre avec le monde ». C’est toute la force de la sémiométrie : elle passe sous le radar du discours.
L’exemple resté célèbre vient de l’institut de sondage Sofres elle-même : jamais un électeur de gauche ne dira qu’il n’aime pas ce qui touche à l’Église. Mais la sémiométrie, elle, révélait un fond anticlérical bien réel dans les notes attribuées aux mots « prêtre », « sacré » ou « la foi ». Le mot, noté à l’instinct, dit ce que le questionnaire n’obtiendra jamais.
Et pour les marques, alors ?
C’est ici que ça nous intéresse directement. Une plateforme de marque, c’est un système de valeurs mis en mots. Or ces mots-là sont précisément la matière que la sémiométrie sait cartographier.
Concrètement, l’outil sert à trois choses dans une démarche de stratégie de marque. D’abord, objectiver les ateliers. Faites passer le test à un comité de direction avant de parler de « valeurs » : vous découvrirez que le mot « tradition » enchante le fondateur et hérisse la directrice marketing. Mieux vaut le savoir avant d’écrire le manifeste. Le profil collectif (et ses points de désaccord) devient une base de discussion tangible, là où les ateliers de valeurs tournent souvent au concours de mots valises.
Ensuite, situer un territoire sémantique. Un lexique de marque penche toujours quelque part : côté devoir ou côté plaisir, côté esprit ou côté matière, côté cœur ou côté raison. Positionner les mots d’une marque sur la carte, c’est visualiser d’un coup d’œil les territoires saturés et les espaces libres. Un naming, une signature, un champ lexical de campagne peuvent s’évaluer à cette aune : est-on bien là où l’on prétend être ?
Enfin, vérifier la cohérence. Entre les valeurs affichées d’une entreprise et le système de valeurs réel de ceux qui la dirigent, il y a parfois un océan. Le test le mesure en vingt minutes, mots à l’appui.
Honnêteté oblige
La sémiométrie n’est pas un instrument de vérité absolue, et ses auteurs sont les premiers à le dire. Deux personnes peuvent accorder exactement la même charge affective aux mêmes mots pour des raisons opposées : le mot « armure » peut plaire au collectionneur comme au grand anxieux. L’outil ne lit pas dans les pensées ; il révèle des structures de préférences, qu’il faut ensuite interpréter et c’est très bien ainsi, ça laisse du travail aux humains.
Mais comparé à un questionnaire déclaratif, le gain de fiabilité est réel : on ne triche pas 210 fois de suite avec sa première impression.
Testez-vous
Nous avons reconstruit l’intégralité du protocole dans un outil maison et un mode atelier pour comparer les profils d’une équipe entière, barycentre compris.
Vingt minutes, zéro réflexion, et une carte qui vous dira peut-être ce que vous n’auriez jamais coché dans un questionnaire. Chiche ?
C’est par ici : https://mathias.rabiot.com/test/semiometrie/
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