đŸ› ïž Vivre en capitaliste et mourir en communiste


Depuis des siĂšcles deux idĂ©ologies antagonistes se tirent la bourre. D’un cĂŽtĂ© le capitalisme, chantre de la libertĂ© individuelle, de la propriĂ©tĂ© privĂ©e, de la sĂ©curitĂ©, du capital et de la libre concurrence. De l’autre, son antonyme conceptuel, le communisme, chantre de l’égalitĂ©, des biens communs, de la justice et de la solidaritĂ©.

Le SWOT (cf: strengths, weaknesses, opportunities et threats) matrice de lecture forgĂ©e en Ă©cole de commerce, s’acharne depuis toujours Ă  savoir lequel des deux systĂšmes serait le plus bĂ©nĂ©fique pour l’humanitĂ©. Encore une histoire de bĂ©nĂ©fice !

La rĂ©flexion que je m’apprĂȘte Ă  dĂ©velopper n’a pas vocation Ă  trancher lequel des deux systĂšmes serait le meilleur, mais Ă  proposer une hypothĂšse utopiquante qui dĂ©calerait la rĂ©flexion sur une hypothĂšse saugrenue, mais nĂ©anmoins intĂ©ressante, pour ne pas dire excitante…

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L’hĂ©ritage, la clef de voute des inĂ©galitĂ©s

La premiĂšre notion Ă  nĂ©gocier serait l’hĂ©ritage. Qu’il soit matĂ©riel ou immatĂ©riel, Ă©conomique ou culturel, l’hĂ©ritage est Ă  la source de nombreuses inĂ©galitĂ©s de dĂ©part.

On sait que l’hĂ©ritage culturel et Ă©conomique sont les plus faciles Ă  transmettre. Les enfants de classe aisĂ©e seront encore plus aisĂ©s que leurs parents, le capital se reproduisant et se concentrant a chaque gĂ©nĂ©ration.

Le capitalisme envisage la propriété privée comme un fondement de son systÚme. Chaque homme est libre de disposer de ses biens.

MĂȘme aprĂšs sa mort ? La question mĂ©rite d’ĂȘtre posĂ©e !

Dans notre sociĂ©tĂ© actuelle, la rĂ©ponse est « oui, un mort est libre de disposer de ses biens« . Il est invitĂ© (obligĂ© !) Ă  transmettre ses droits Ă  un successeur. Pourtant, de quelles lĂ©gitimitĂ©s particuliĂšres dispose l’hĂ©ritier ? Quel mĂ©rite ? Quel besoin ?

De toute Ă©vidence, l’hĂ©ritier n’a nullement concouru Ă  la crĂ©ation de cette valeur. De quel droit il aurait un statut prĂ©fĂ©rentiel sur le partage de cette valeur ? Sachant que lui attribuer cet hĂ©ritage ne fera que concentrer encore plus les richesses


L’un des arguments classiques en faveur du capitalisme est la mĂ©ritocratie : chacun serait libre de s’élever socialement par son travail. Or, l’hĂ©ritage vient contredire ce principe en introduisant un biais massif dans les opportunitĂ©s de dĂ©part.

Supprimer l’hĂ©ritage permettrait une vĂ©ritable Ă©galitĂ© des chances, ce qui est thĂ©oriquement plus conforme Ă  l’éthique libĂ©rale du mĂ©rite, mais contredisant le sacro-saint principe de propriĂ©tĂ© privĂ©e post-mortem.

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La liberté individuelle vs partage de la valeur

On sait combien l’initiative individuelle, la concurrence joyeuse et plus largement la compĂ©tition ont des effets bĂ©nĂ©fiques dans une Ă©conomie de marchĂ©.

En stimulant les Ă©changes, en multipliant les compĂ©titions, le capitalisme est un puissant crĂ©ateur de valeur. La nature humaine, on peut le regretter, s’accommode trĂšs bien des inĂ©galitĂ©s. L’attrait des richesses et du succĂšs restant un puissant moteur.

Difficile d’ignorer cet Ă©goĂŻsme profondĂ©ment humain, tout comme il est impossible de nier les bĂ©nĂ©fices sonnants et trĂ©buchants du capitalisme.

Pourtant, on sait combien la compétition et autres lois du marché sont profondément inégalitaires pour les moins armés de nos concitoyens. Par « armes » il faut entendre capital économique et capital culturel (dans une moindre mesure).

On le sait de longue date, le capitalisme produit des externalitĂ©s nĂ©gatives : PrĂ©caritĂ©, pauvretĂ©, Ă©puisement des ressources…

À l’inverse, la communisme, ne fait guĂšre preuve de ses qualitĂ©s en matiĂšre de libertĂ©s individuelles, de valorisation de l’initiative individuelle…

En revanche, sa philosophie se fonde sur la répartition de la valeur, cherchant à garantir à chacun un accÚs équitable aux ressources essentielles et à réduire les inégalités systémiques. En privilégiant la coopération sur la compétition, il vise à assurer une sécurité collective, évitant que la réussite des uns ne se fasse au détriment des autres.

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Un modĂšle dynamique entre individualisme et collectivisme

Maintenant que sont rĂ©sumĂ©es les principales qualitĂ©s ou griefs des deux systĂšmes, essayons d’imaginer une forme d’hybridation avec le meilleur des deux mondes.

Jusqu’Ă  prĂ©sent, nous n’envisagions que le principe du « tout ou rien » et principalement de maniĂšre gĂ©ographique (cf: bloc de l’Ouest vs bloc de l’Est). Pourtant il n’y a pas que l’espace dans la vie, il y a aussi le temps.

Imaginez un monde totalement capitaliste de son vivant, et intĂ©gralement communiste Ă  sa mort. Comme une sorte de systĂšme prĂŽnant l’inverse et son contraire, rĂ©partis dans le temps (et non dans l’espace).

De son vivant, on Ă©voluerait dans un monde intĂ©gralement capitaliste, profondĂ©ment libĂ©ral. Cela pourrait mĂȘme ressembler Ă  un monde « sans impĂŽts » oĂč chacun serait susceptible (ou pas) de concourir Ă  la grande compĂ©tition et oĂč les gagnants pourraient accumuler des richesses Ă  volontĂ©.

Seul changement, leur droit de propriĂ©tĂ© s’éteint Ă  la mort. Ce droit n’est donc plus transmissible. Une fois dĂ©cĂ©dĂ©s, l’ensemble de leurs biens sont mutualisĂ©s, et l’ensemble de cette valeur est partagĂ©e dĂ©mocratiquement entre tous les citoyens, sous forme de services publics et en gĂ©nĂ©rant une cagnotte de dĂ©part dans la vie.

Pour rappel, l’adage populaire nous rappellera que « le coffre-fort ne suit pas le corbillard ».

Par exemple en France, hĂ©ritages et donations sont estimĂ©s Ă  environ 500 milliards d’euros par an (chiffres de Thomas Piketty, Capital et IdĂ©ologie). Cela reprĂ©sente environ 20% du PIB français.

Chaque annĂ©e, environ 750 000 naissances ont lieu. Si l’ensemble des hĂ©ritages Ă©tait collectĂ© par l’État et redistribuĂ© Ă  parts Ă©gales entre tous les nouveaux-nĂ©s, chaque enfant recevrait environ 666 000 euros au cours de sa vie.

Cette somme pourrait ĂȘtre utilisĂ©e sous diffĂ©rentes formes :

  • Un capital versĂ© Ă  18 ans pour financer Ă©tudes et projets.
  • Un revenu universel du patrimoine, distribuĂ© progressivement (650€/mois)
  • Un fonds public permettant des services gratuits (Ă©ducation, santĂ©, logement).

Ainsi chaque enfant dĂ©marre sa vie avec une somme consĂ©quente, lui permettant d’envisager de financer ses Ă©tudes ou le projet de son choix.

L’hĂ©ritage, qui est initialement conçu comme une solidaritĂ© intergĂ©nĂ©rationnelle, serait ĂȘtre gĂ©nĂ©ralisĂ© et garanti Ă  tous, de maniĂšre Ă©quitable.

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Conclusion

Cette idĂ©e qui peut sembler farfelue au dĂ©part, s’avĂšre assez subversive. La compĂ©tition absolue de son vivant et la coopĂ©ration dĂ©finitive aprĂšs sa mort !

Cette idĂ©e pousse la logique Ă©conomique dans ses retranchements et pose toutefois des dĂ©fis considĂ©rables en matiĂšre d’incitations Ă©conomiques, de financement public et de gestion des biens communs.

Une transition vers un tel modĂšle nĂ©cessiterait de repenser en profondeur la notion de propriĂ©tĂ©, d’investissement et de transmission. Et si, au lieu d’une rupture binaire, on explorait une approche progressive, oĂč la transmission de patrimoine serait limitĂ©e mais non interdite, et oĂč une partie de l’hĂ©ritage serait systĂ©matiquement mutualisĂ©e ? Ce serait dĂ©jĂ  un bon dĂ©but…


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